Photo de jeunes qui jouent sur l'Ideas Box
Médias - 10 janvier 2018

À Calais, l’Ideas Box réinterroge le métier de bibliothécaire

« La médiathèque est le premier lieu d’accès à la culture, le seul qui ne nécessite pas de s’acquitter d’un droit d’accès. Il apparaissait important de répondre aux attentes des personnes qui ne fréquentent pas naturellement la médiathèque. C’est dans cet esprit qu’il nous a semblé nécessaire de proposer des solutions innovantes, ludiques et accessibles partout. » Des propos tenus en 2015 par la maire de Calais, Natacha Bouchart, lors d’un conseil municipal, juste après l’acquisition de la première Ideas Box en France.

Trois ans plus tard, retour dans la ville portuaire des Six Bourgeois de Rodin pour rencontrer Bénédicte Frocaud, la directrice de la médiathèque municipale, et Murielle Decarme, la responsable de l’équipe multimédia.

L’IDEAS BOX DOIT CRÉER L’HABITUDE

Première ville de France à se munir d’une Ideas Box, Calais fut aussi un lieu d’expérimentation important. Formé et accompagné à l’utilisation de la médiathèque itinérante par un chargé de projet de BSF, le personnel de la médiathèque centrale et de l’annexe du Beau-Marais est aujourd’hui autonome.

Depuis trois ans avec l’Ideas Box, en allant au-devant des populations éloignées du réseau de lecture publique, en raison de difficultés d’accès ou bien par manque d’intérêt, l’équipe de la médiathèque de Calais a ainsi touché de nouvelles personnes.

« L’Ideas Box nous a permis d’être connus et reconnus. Encore beaucoup trop de Calaisiens ne connaissent pas la médiathèque, d’autres ne savent pas son fonctionnement, comme la gratuité pour les enfants. Nous l’utilisons donc notamment pour approcher de nouveaux habitants. De manière plus pérenne aussi, nous la déployons dans les quartiers prioritaires pour que les habitants se l’approprient. Par exemple, elle est restée plus d’un mois dans le centre social Matisse cet été. Des jeunes du centre viennent maintenant plus régulièrement à la médiathèque. Ils sortent ainsi de leur quartier, ils changent d’air ! » explique Bénédicte, directrice de la médiathèque.

« Suite à notre présence avec l’Ideas Box lors de certains événements, on remarque une hausse des inscriptions. Depuis plus d’un an, on note également une hausse de la fréquentation de la médiathèque. Mais dans le centre commercial du centre-ville, chaque année des gens découvrent encore son existence. Pourtant, elle n’est qu’à 100 mètres à peine. Ces mêmes personnes que l’on voit ensuite pousser les portes de la médiathèque et nous dire : ‘on était dans le magasin, on nous a dit qu’on avait le droit de venir.’ » ajoute Murielle, responsable de l’équipe multimédia.

Photo d'un déploiement Ideas dans les rues de Calais

Davantage de notoriété donc, mais également de nouvelles pratiques mises en place au sein de la médiathèque.

« L’Ideas Box nous a poussés à nous reposer la question de l’accueil des publics et de ce que l’on proposait. Depuis janvier 2017 par exemple, nous achetons chaque semaine tous les livres qui entrent dans le top 200 des meilleures ventes nationales. Dont certains sont des romans Arlequin. Auparavant, on n’achetait pas ce type de littérature puisque l’on considérait que ce n’était pas de la bonne lecture. Maintenant, on accueille les gens tels qu’ils sont. Avec l’Ideas Box, comme on va à leur rencontre, on voit comment ils sont, quels sont leurs besoins, leurs envies et leurs attentes. En conséquence, on essaie donc de s’adapter au mieux. » explique Bénédicte.

Selon cette dernière, l’Ideas Box a également permis au personnel de la médiathèque de se réinterroger sur le métier de bibliothécaire.

« Pourquoi une bibliothèque ? Le rôle d’une bibliothèque ? Qu’est-ce que l’on propose ? Pourquoi et comment ? L’arrivée de l’Ideas Box nous a permis de nous poser des questions, jusqu’alors sous-jacentes, et de nous réinterroger sur nos missions. On ne peut pas d’un côté avoir un outil ludique et sympa, l’Ideas Box, avec de l’autre une médiathèque qui n’évolue pas. Il fallait que l’on soit cohérent dans nos propositions. Ces questionnements nous ont complètement irrigués, surtout à l’heure actuelle où les bibliothèques sont de plus en plus chahutées et ne savent pas ce qu’elles vont devenir. »

« Nous proposons maintenant des choses différentes, même pour les adultes, comme l’organisation d’ateliers d’initiation à internet par exemple. On utilise les outils de l’Ideas Box au sein de la médiathèque, comme les tablettes et les ordinateurs portables. Au programme : mails, bureautique, les rendez-vous personnalisés pour mieux appréhender et maîtriser son ordinateur. Cela fonctionne très bien ! » poursuit Murielle.

Photo d'une formation Ideas Box

UN OUTIL AU SERVICE DE LA MÉDIATHÈQUE

« L’Ideas Box ne remplace pas une médiathèque, elle est un outil au service de celle-ci. Au départ, l’idée est de prêter une médiathèque en kit à ceux qui en ont besoin. Ce n’est un secret pour personne : à Calais, le maillage territorial au niveau de la lecture publique est faible. L’Ideas Box est un moyen pour nous et un moyen pour les autres. Pour cela, il faut aller là où les gens sont : sur les boulevards, dans les centres commerciaux, les centres sociaux et les écoles. L’Ideas Box doit créer l’habitude. L’idée n’est plus seulement de venir à la médiathèque, mais de revenir. Nous devons travailler sur la durée pour que les gens aient envie de venir lire et s’informer régulièrement. On veut être à nouveau dans le rapport au plaisir. Les bibliothèques sont un lieu de vie, les publics ont besoin de renseignements et d’accompagnement : des livres de cuisine à la recherche d’un travail. » souligne Bénédicte.

« L’Ideas Box est adaptée à notre territoire. Ailleurs, elle serait utilisée différemment. Il y a autant de modèles de celle-ci que de déploiements et de lieux. À Calais, notre équipe essaie de développer une vraie programmation culturelle : l’Ideas Box est l’un des outils de notre palette. Sa force est vraiment de pouvoir s’adapter à différents besoins, auprès de différentes populations. Chacun peut se l’approprier. » rebondit Murielle.

Parmi les partenaires avec lesquels travaille régulièrement la médiathèque de Calais, deux d’entre eux sont particulièrement demandeurs : le centre social Matisse dans le Beau-Marais et le centre social Espace Fort au Fort Nieulay. Quelques écoles également.

« Notre objectif : que les centres sociaux et les écoles puissent être autonomes avec l’Ideas Box. Avant son arrivée, la médiathèque de Calais avait l’habitude de prêter des caisses de livres à nos partenaires. Maintenant, nous ne prêtons plus seulement 35 livres mais une médiathèque complète : jeux éducatifs, scratch sur les ordinateurs, tablettes. L’idée derrière cela étant de développer les bibliothèques dans les écoles notamment. En créant l’habitude, le besoin va se faire sentir. » explique Bénédicte.

« Les centres sociaux et les écoles sont ravis ! Ils voient l’intérêt de l’Ideas Box et la veulent tous ! Il y a beaucoup de demandes. On adapte alors les contenus aux thématiques demandées : addictions, santé, corps humain, sciences. Notre objectif étant de servir les collections, d’utiliser les ressources et les compétences de différentes personnes, animateurs, professeurs, etc. Lors d’un déploiement d’une semaine à l’école Parmentier, un parent d’élève a organisé un atelier scratch par exemple. »

Photo de bibliothécaires en formation

Des souvenirs avec l’Ideas Box, elles disent en avoir plein. Murielle se souvient notamment des animations intergénérationnelles autour du jeu de société, entre l’Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Calais et l’Etablissement régional d’enseignement adapté (ERA).

« Une partie des jeunes de l’ERA apprenaient aux personnes âgées à se servir des tablettes, qui leur apprenaient en retour à jouer au poker. Les tablettes fonctionnent d’ailleurs très bien auprès des personnes atteintes d’Alzheimer. Souvent placés sur décision de justice, ces jeunes avaient des problèmes de comportement. Cet après-midi-là, ils ont été adorables. Jamais on n’aurait pensé qu’ils avaient des problèmes avec la justice. Car le regard que l’on portait sur eux était tout simplement différent. Aussi, s’ils se comportaient bien, ils avaient le droit de venir tout seuls à la médiathèque, sans aucun encadrant. Le ‘tout seuls’ est très important, c’est une marque de confiance. »

Presque automatiquement, et bien tristement d’ailleurs, Calais s’imagine difficilement sans les milliers de réfugiés afghans, soudanais, syriens, irakiens ou iraniens qui y survivent. Leurs rapports avec la médiathèque municipale ?

« Nous avons toujours défendu que la médiathèque était ouverte à tous, du moment où l’on en respecte les règles et les usages. Avant le démantèlement de la jungle en octobre 2016 par le gouvernement, certains réfugiés venaient régulièrement consulter des documents ou apprendre le français. Pour emprunter, c’est plus compliqué car il faut une carte. Nous n’avons jamais eu de problèmes avec eux, au contraire. Quelques difficultés toutefois pour trouver des méthodes de langue, nous devons passer par les éditions anglaises. En France, il y a vrai souci avec l’apprentissage des langues. Par contre, on ne les a jamais vus sur des déploiements de l’Ideas Box. À Calais, celle-ci ne leur est pas destinée, les contenus ne sont donc pas pertinents et intéressants pour eux. » selon Bénédicte.

Et Murielle de ponctuer enfin : « Ceux qui viennent aujourd’hui à la médiathèque sont ceux qui veulent s’intégrer, ceux qui ont demandé l’asile en France ou qui ont leur titre de séjour. Je pense notamment à l’un d’eux qui vient depuis pas mal de temps. Au début, il ne parlait pas du tout le français. On le comprenait à peine. Aujourd’hui, il lit le quotidien local Nord Littoral. Si ce n’est pas de l’intégration ! » 

Photo de deux bibliothécaires calaisiennes

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