Photo de Lise et Adou en formation en RDC
Projets - 27 novembre 2018

« Il faut changer l’image de la bibliothèque »

En mai dernier, près de 5 000 livres sélectionnés par Bibliothèques Sans Frontières ont été envoyés à la bibliothèque de l’ENA, à Kinshasa en République Démocratique du Congo – venant s’ajouter aux 300 ouvrages donnés préalablement par l’Ambassade de France. Quelques mois plus tard, Lise et Adou ont formé cinq membres du personnel de la bibliothèque – de l’accueil au catalogage informatique – pour renforcer leurs compétences et transformer leurs pratiques. Rencontres.

Sollicitée par la Direction Générale de l’Ecole Nationale d’Administration de la République Démocratique du Congo, Bibliothèques Sans Frontières a été missionnée il y a trois ans pour moderniser leur bibliothèque, à Kinshasa. L’objectif de ce partenariat ? Enrichir le fonds documentaire, développer l’accès aux ressources et former son personnel en bibliothéconomie.

Lors d’une première mission de diagnostic il y a deux ans, Adou, bibliothécaire à l’ENS d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, a rencontré les étudiants et les enseignants de la bibliothèque de l’ENA pour recueillir et identifier leurs besoins.

« Notre principal défi était évidemment d’avoir un fonds documentaire adapté. Sujets d’administration générale, de communication, de marketing et de gestion de marché… il était important que les différentes thématiques soient représentées mais surtout spécifiques au pays. Une partie de la sélection s’est faite au sein du centre de collecte de Bibliothèques Sans Frontières, à Epône. L’autre correspond à des achats de livres neufs, liés au contexte congolais. » explique Adou.

Un an plus tard, retour en RDC pour Adou, accompagné de Lise, responsable de la formation aux usagers à la bibliothèque universitaire d’Évry. Au programme : deux semaines de formation en bibliothéconomie ! L’occasion notamment d’interroger la représentation de la profession mais également la manière dont elle pourrait évoluer.

« En Afrique, la profession de bibliothécaire n’est pas forcément bien vue, ni valorisée, ni valorisante. Le bibliothécaire a l’image de quelqu’un de très passif, qui attend que les situations viennent à lui pour réagir. Bien que de plus en plus d’initiatives encouragent la communauté à fréquenter les bibliothèques, la tendance change bien trop lentement.

La formation des bibliothécaires en Afrique devrait être repensée car elle est encore trop classique : il faudrait ajouter de l’entrepreneuriat, de nouvelles pratiques dans la gestion des bibliothèques. En Côte d’Ivoire, il est par exemple impensable de grignoter dans une bibliothèque, de peur d’attirer quelques dérangeurs. Alors qu’en France, des distributeurs d’eau et de biscuits sont souvent à disposition. », poursuit Adou.

Photo d'une bibliothèque

« Il faut changer l’image de la bibliothèque : elle n’est ni un lieu poussiéreux ni un temple du savoir, réservé à quelques-uns. Les gens doivent se l’approprier ! C’est aussi un endroit pour s’installer, échanger et transmettre. » ajoute Lise.

Parmi les ateliers de la formation, Lise a notamment proposé un jeu de rôles pour mieux interroger et comprendre les postures du bibliothécaire face aux éventuelles difficultés rencontrées.

« La situation : un usager orgueilleux et bruyant arrive à la bibliothèque, pendant que d’autres essaient de travailler. Quelle doit être la réaction du bibliothécaire ? Comment sauver la situation ? Cet atelier nous a permis d’échanger sur le positionnement du bibliothécaire dans l’environnement académique vis-à-vis des étudiants, des professeurs, publics parfois exigeants. »

L’occasion de réfléchir aussi sur le réaménagement de la bibliothèque – en tenant compte des nouvelles collections et de la diversification des usages – et sur la manière dont le personnel pourrait la faire vivre.

« Par quoi est-on accueilli lorsque l’on entre dans une bibliothèque ? Qu’est-ce qui rend l’espace accueillant ? Gilbert et Yolande, les deux bibliothécaires, étaient très enthousiastes à l’idée de transformer leur bibliothèque et ses pratiques. Un espace presse a été imaginé, un lieu d’expositions également. Un blog et une page Facebook ont été créés pour mieux interagir avec les utilisateurs. Un catalogue en ligne communique également désormais sur les notices bibliographiques existantes.

Nous voulions leur donner la main, leur donner confiance en leurs propres capacités, pour qu’ils puissent proposer et transmettre à leur tour. » continue Lise.

Photo de la formation en RDC

Mais également des débats : dont les plages horaires de la bibliothèque et son ouverture à d’autres publics.

« Aujourd’hui, chaque étudiant de l’ENA doit payer pour avoir accès à la bibliothèque : ce coût n’est pas pris en compte dans les frais d’inscription, créant donc une première barrière à son accessibilité. Pourtant, la bibliothèque est au cœur des études et non un lieu à part, au même titre que les salles de classe, la salle informatique ou le secrétariat.

Nous avons abordé la question de l’ouverture de la bibliothèque le midi, qui permettrait aux étudiants de venir travailler de manière continue. Pour l’instant, la bibliothèque est fermée deux heures pendant la pause déjeuner, selon les heures de travail du fonctionnaire. L’idée de faire un roulement pendant cette pause, pour garantir une ouverture du matin au soir, était tout à fait nouvelle pour eux et peu envisageable.

L’ouverture de la bibliothèque à d’autres publics leur a aussi posé problème, si ce n’est pour le personnel des autres ministères ou les enseignants d’autres structures. Pourtant, proposer une ouverture payante à des usagers extérieurs permettrait à la bibliothèque de se développer et d’engranger une trésorerie supplémentaire.  »

De l’inventaire du fonds documentaire au catalogage informatique, de la couverture à la cotation, le personnel de la bibliothèque travaille aujourd’hui de manière autonome. L’inauguration de la nouvelle bibliothèque est prévue cet hiver !

En onze ans, Bibliothèques Sans Frontières a formé plus de 5 000 bibliothécaires et animateurs partout dans le monde à la médiation éducative et culturelle. Nous les accompagnons à être de véritables entrepreneurs du changement capables d’avoir un impact transversal sur leurs publics et leur communauté.

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