Vive la rentrée du code à l'école !
Médias - 11 septembre 2016

Vive la rentrée du « code » à l’école !

Par Frédéric Bardeau, Président de Simplon.co , Claude Terosier, Fondatrice de Magic Makers , Nadia Bellaoui, Secrétaire générale de la Ligue de l’enseignement , Jérémy Lachal, Directeur général de Bibliothèques sans frontières , Deborah Elalouf, Présidente de Tralalere , Benoît Prady, Directeur de l’association Colombbus et Colin de la Higuera, Université de Nantes, pour INRIA

Tribune initialement publiée dans le journal Libération.

 

L’enseignement des langages de programmation soulève questions et peurs. Essayons, face aux clichés, de regarder l’introduction de cet enseignement en primaire de manière positive.

Il paraît que nous avions «du retard», mais que maintenant, c’est fini : réjouissons-nous car «le code» fait cette année sa rentrée dès l’école élémentaire, et c’est une très bonne nouvelle !

Avec l’an I du code à l’école, c’est l’arrivée d’un complément essentiel, qui manquait au B2i (Brevet informatique et Internet) qui, depuis 2006, permet d’accompagner l’émergence de citoyens créatifs, critiques et responsables de leurs pratiques numériques. Maintenant, il s’agit d’apprendre à programmer les machines pour ne pas être programmé par elles !

Pourtant, il est à parier que les commentaires désagréables vont fuser de toutes parts, donc faisons ici le tour des critiques récurrentes et des clichés. Voyons les choses de manière positive.

Coder n’est pas lire

«On va coder au lieu de lire, d’écrire et de compter.» Pas d’inquiétude : programmer, c’est lire, écrire et compter, et ça ne se fera pas en substitution de l’orthographe, du latin ou du grec ! Coder est une pratique qui suppose l’absence complète d’erreurs de frappe ou de logique. Les succès y sont vite repérés et récompensés. Quand le programme, ou des morceaux de programme, fonctionne, ça se voit tout de suite. Exigeant et valorisant : génial, non ?

Le geek solitaire

Coder, ce n’est pas non plus jouer. C’est parfois créer des jeux (et plein d’autres choses encore) mais cela se fait souvent collectivement : pour avancer, on partage, et on a le droit de «copier sur son voisin». On est très loin des clichés du geek solitaire ou du «no life» immergé dans les jeux vidéo, coupé de toute vie sociale.

Made in english

Le code est le cheval de Troie de l’anglais et de son cortège de technologies propriétaires et d’entreprises américaines. Mauvaise pioche ! Les langages de programmation utilisent l’anglais mais pas uniquement, et ces langages sont pour la plupart libres au sens des logiciels libres. Les ressources pour les apprendre existent en français, certaines sont libres et gratuites. Beaucoup de ces outils ont été financés par le Programme investissements d’avenir (PIA) du gouvernement français, ou sont le fruit de l’économie française ou européenne. Il ne s’agit pas d’enfermer le consommateur dans l’usage de tel ou tel produit commercial, mais de respecter ses données individuelles. Il n’appartient qu’aux acteurs éducatifs de les porter et de les accompagner.

Ecole professionnelle

L’école n’est pas là pour former des professionnels mais des citoyens. Savoir comment «pensent» et «agissent» les ordinateurs, tablettes et autres téléphones, ce n’est pas devenir développeur ! Par cette initiation, l’école ne s’ouvre pas à des métiers mais à une citoyenneté qui prend en compte le numérique et sa place grandissante dans nos vies et nos sociétés.

Encore des sciences

On valorise une fois de plus les matières scientifiques au détriment des matières littéraires. Erreur ! la logique mathématique est au cœur de la pensée informatique, mais les langages de programmation sont également des langues qui peuvent être enseignées comme telles, avec leur syntaxe et leur grammaire. Les productions numériques constituent autant d’espaces de valorisation de la créativité et des capacités d’expression de chacun. La programmation constitue donc bien au contraire un outil au service du développement des enseignements pratiques interdisciplinaires !

On n’est pas prêt

Il n’y a pas assez de professeurs formés donc ce ne sera pas pour tous et pas partout en France ! Drôle de raisonnement. Avant, c’était l’inégalité absolue puisqu’il fallait avoir des parents issus du métier ou ayant les moyens de payer cette initiation. Sinon, il fallait avoir la chance d’être proche d’un lieu offrant des formations péri ou extrascolaires, se trouver près d’un Espace public numérique (EPN), ou d’un lieu associatif proposant des ateliers de code. Bonne nouvelle donc, tout le monde va y avoir accès et notamment les filles et les jeunes femmes qui restent trop rares dans les écoles d’ingénieurs et les écoles spécialisées. C’est vrai que ça va prendre du temps pour se répandre partout mais, maintenant, c’est dans les programmes, les enseignants sont en cours de formation donc tout le monde va y avoir droit.

Cinq millions d’euros issus du Programme investissements d’avenir ont été réservés à la promotion de la «culture du code» et des consortiums puissants se sont constitués pour former les professeurs, les animateurs, les citoyens engagés et volontaires en mission de service civique. Leur objectif est donc le nôtre : mettre le paquet sur l’éducation prioritaire et utiliser à plein les leviers du numérique créatif pour lutter contre le décrochage scolaire, former les acteurs éducatifs au plus près des territoires et proposer à tous de nouvelles dynamiques d’engagement numérique (D-Clics numériques), créer de nouveaux parcours de formation à distance, complétés par des temps de rencontre pour les professionnels de l’éducation qui veulent se lancer (Class’Code), développer des services et des outils clé en main (Code-décode) pour accompagner les acteurs scolaires et périscolaires (Ecole du code), initier les élèves de façon ludique à la programmation et à la création numérique et outiller les enseignants pour l’accompagnement (Declick). Alors oui : l’arrivée du code à l’école est une bonne nouvelle et il faut s’en réjouir !

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