Projets - 14 janvier 2026

Au Maroc, (se) reconstruire après le séisme

Le 8 septembre 2023, un séisme d’une ampleur inédite frappait les montagnes du Haut Atlas, provoquant la mort de près de 3 000 personnes et laissant des dizaines de milliers de familles sans abri. Dans cette région rurale, déjà marquée par l’isolement géographique et la fragilité économique, la catastrophe a bouleversé la vie quotidienne des habitant·es, détruisant infrastructures, routes et écoles.

Face à l’urgence, Bibliothèques Sans Frontières et ses partenaires se sont mobilisés pour assurer la continuité pédagogique des enfants et soutenir la réintégration sociale et économique des communautés sinistrées.

L’éducation, une condition de résilience 

Selon le ministère de l’Éducation nationale marocain, 585 écoles et internats ont été endommagés par le séismePour des milliers d’élèves, la catastrophe a entraîné une rupture brutale de leur parcours éducatif. Or, l’école constitue bien plus qu’un lieu d’apprentissage : elle est un espace de stabilité, un repère essentiel dans une période de chaos. 

« Après un séisme, on reconstruit des routes et des maisons. Mais pour les enfants, il faut aussi reconstruire des routines, une confiance, un avenir. C’est le rôle que joue l’éducation. »
Mouad Ouaissa, responsable du projet au Maroc, BSF. 

Afin de compléter les dispositifs scolaires existants – souvent assurés dans des salles provisoires ou des containers – BSF a déployé deux médiathèques Ideas Box, ainsi que douze microbibliothèques, dans les communes les plus durement touchées des régions d’Al Haouz et de Souss Massa. Dans ces espaces, les habitant·es ont accès à des livres, bien sûr, mais aussi à des jeux de société, du matériel créatif et sportif, des manuels scolaires et des vidéos pédagogiques, accessibles sans connexion internet via nos Ideas Cube. Ces outils ne répondent pas seulement à un besoin éducatif. Ils offrent aussi des espaces accueillants et sécurisants, favorisant l’apprentissage et le développement, où enfants, adolescent·es et adultes peuvent se retrouver, partager et reprendre pied dans un quotidien profondément bouleversé.

Partenaire clé du projet, l’ONG franco-marocaine Migrations & Développement accompagne la relance des activités sociales et éducatives dans les villages touchés, notamment au sein des Dar Taleb/a, des internats ruraux où sont accueillis les élèves éloignés de leur école ou privés de salle de classe depuis le séisme.

« Les outils de BSF ont permis de créer des espaces d’apprentissage au sein des Dar Taleb/a, où les jeunes peuvent lire, étudier et s’exprimer, tout en renforçant les compétences des animateur·ices et éducateur·ices locaux à travers la formation aux ressources numériques et à l’animation socioculturelle. »
Océane Correard, coordinatrice du projet, Migrations & Développement. 

Au-delà des internats, l’impact des Ideas Box se fait également sentir dans les douars les plus isolés, où elles deviennent de véritables points d’ancrage pour les communautés. À Ighil, la médiathèque mobile portée par la Fédération des ligues des droits des femmes joue un rôle déterminant, comme en témoigne Salma Ait Moulid, animatrice d’alphabétisation :  

« L’Ideas Box est devenue un véritable lieu de vie, un point de ralliement. Elle rend l’apprentissage plus vivant et contribue surtout à briser l’isolement intellectuel et géographique dans lequel le douar pourrait s’enfermer. Après le choc du séisme, les habitants ont besoin de retrouver une forme de normalité. L’Ideas Box offre alors un soutien psychosocial essentiel : elle aide à sortir de la focalisation sur la perte, à se tourner de nouveau vers l’avenir, à s’informer et à continuer à grandir.

Mon rêve serait que les femmes que j’accompagne aujourd’hui deviennent, demain, les animatrices de ce lieu. »

Au service de la réintégration sociale et économique

Le séisme a accentué des inégalités déjà présentes dans les régions rurales du Maroc, notamment pour les femmes et les jeunes, « qui figurent parmi les groupes les plus vulnérables face aux conséquences de la catastrophe » souligne Océane Correard. C’est pourquoi le projet vise également, en plus de lutter contre le décrochage scolaire, à favoriser la réintégration sociale et économique des communautés. Les bibliothèques servent aussi de tremplins vers des formations professionnelles, la sensibilisation à l’entrepreneuriat local et l’accès à des informations essentielles sur la santé et les droits. 

« Le projet a souligné l’importance d’intégrer l’accès à l’éducation, à la culture et à l’information à chaque étape d’un projet de reconstruction. Il a également mis en lumière que la résilience d’une communauté repose autant sur la reconstruction matérielle que sur la reconstruction sociale et psychologique. » Océane Correard. 

Ce programme est rendu possible grâce au soutien financier de l’Agence Française de Développement et du Groupe Société Générale, et s’appuie sur un solide réseau associatif local : Migrations & Développement, El Amane pour la femme et l’enfant, et la Fédération des ligues des droits des femmes, SOS Villages d’Enfants et FOJERÀ travers cette initiative, BSF entend poser les bases d’une reconstruction qui dépasse le bâti. Une reconstruction qui passe aussi par l’éducation, la solidarité et l’émancipation des populations, afin que le tremblement de terre de 2023 ne compromette pas durablement l’avenir d’une génération. 

Depuis 2007, Bibliothèques Sans Frontières œuvre pour l’accès de toutes et tous à la connaissance dans une trentaine de pays dont la France.

L’ONG crée des espaces culturels et éducatifs innovants pour aller vers les personnes touchées par les crises et la précarité et leur permettre de se divertir, de continuer d’apprendre et de rêver, de créer du lien et de (re)construire leur avenir.

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