Atelier photo en Colombie
Projets - 1 juillet 2019

Colombie : une Ideas Box auprès des réfugiés vénézuéliens

Depuis le 23 janvier, le Venezuela compte deux Présidents : l’un élu, Nicolás Maduro, l’autre autoproclamé par intérim et président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó. Une situation politique inédite, sur fond de crise économique, sociale et humanitaire. Autrefois l’un des plus riches d’Amérique latine, le pays sombre. Depuis 2015, frappés par l’inflation record et les violences quotidiennes, plus de quatre millions de Vénézuéliens ont quitté le pays. Direction notamment la Colombie qui en accueille plus d’un tiers.

À Arauca, où une Ideas Box est installée depuis peu, Bibliothèques Sans Frontières et Save the Children accompagnent chaque semaine des dizaines d’enfants et adolescents vénézuéliens. Rencontre avec plusieurs acteurs du projet. Et l’occasion d’un retour sur nos différentes actions en Colombie.

Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, 3000 à 5000 Vénézuéliens quittent le pays chaque jour. En cause ? La chute des revenus pétroliers, principale ressource du pays, les pénuries d’eau et de gaz, l’hyperinflation, l’impasse politique et la violence des manifestations, qui viennent s’ajouter au manque de nourriture et de soins. Dans leur sac ? L’espérance d’une vie meilleure, principalement dans les pays frontaliers d’Amérique Latine, comme la Colombie.

« Avec Save the Children, nous sommes en première ligne, directement à la frontière, parmi les premiers acteurs que les réfugiés vénézuéliens voient lorsqu’ils la franchissent. Comme dans la plupart de nos projets, nous ne travaillons pas seulement sur la cohésion sociale, mais également sur la cohabitation entre la population réfugiée de la région d’Arauca, ses habitants ainsi que les personnes déplacées suite à la guerre civile en Colombie. » explique Inti Fernandez, ancienne coordinatrice du projet.

Il y a quelques mois, Jenny Salcedo, chargée de projet à Bibliothèques Sans Frontières, s’est rendue à la frontière entre la Colombie et le Venezuela pour s’entretenir avec des enfants et des réfugiés d’Arauca et recueillir leurs besoins. Ces derniers ont manifesté un grand intérêt pour les arts et l’artisanat, les films et les jeux de société. Au cours d’une série de discussions avec les membres de la communauté, plusieurs parents ont également exprimé leurs préoccupations concernant l’apprentissage scolaire de leurs enfants. Depuis, nous avons sélectionné des ressources pédagogiques sur-mesure – physiques et numériques – pour les différentes populations utilisatrices de l’Ideas Box, selon leurs besoins et leurs spécificités : 300 livres de littérature enfantine et internationale, des jeux de société, des livres électroniques, des applications ou encore des films.

Afin que les enfants et adolescents se retrouvent dans des espaces sécurisés, nous avons ainsi créé des espacios amigables, où ces derniers peuvent jouer et lire au sein de la médiathèque mobile. Chaque jour, l’équipe de Save the Children organise aussi des ateliers et des activités pour les enfants et adolescents de 0 à 18 ans, notamment sur des sujets liés à la protection de l’enfance.

« Les Espacios amigables sont des espaces communs où chacune et chacun peut entrer sans avoir à déclarer sa région d’origine, son ethnie, son sexe, sa nationalité ou son affiliation politique : tout le monde y accède sans aucune restriction. Ce sont des espaces où les gens lisent, jouent et échangent leurs expériences de vie. » raconte Jenny.

DES BIBLIOTHÈQUES POUR CONSTRUIRE LA PAIX

En Colombie, il y a trois ans, en partenariat avec la Bibliothèque Nationale de Colombie, vingt Ideas Box ont également été installées par Bibliothèques Sans Frontières dans des zones de démobilisation et de transition, où les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les FARC, ont aujourd’hui déposé leurs armes pour réintégrer la société civile. Ce projet fit suite à l’accord de paix signé en 2016 entre le gouvernement du Président Juan Manuel Santos – prix Nobel de la Paix – et les anciens combattants, mettant alors fin à un demi-siècle de guerre civile ayant fait plus de 6,9 millions déplacés, 270 000 morts et 61 000 disparus. En créant des espaces de rencontre, ces bibliothèques ont permis d’initier le processus de paix en encourageant les échanges et en restaurant la confiance entre les communautés affectées.

En 2018, les vingt Ideas Box ont été transférées aux municipalités ; elles sont aujourd’hui animées par les bibliothécaires des communautés, qui ont été formés par notre équipe et le personnel de la Bibliothèque Nationale de Colombie. Walter, membre du Groupe d’Amis de la Bibliothèque de Santa Maria, nous raconte :

« La bibliothèque de Santa Maria a créé et recréé de la confiance entre les gens. Depuis son ouverture, nous avons vu des changements impressionnants, surtout auprès des enfants. Les graines que nous avons plantées chez eux ont donné leurs fruits ! Pour eux, elle est une seconde maison, la bibliothécaire une seconde mère. »

Une évaluation externe du projet a depuis été réalisée : elle souligne notamment la forte implication des communautés dans la prise en main des bibliothèques et des événements culturels associés, la restauration de la confiance entre les habitants et la résolution pacifique des différents conflits. Aussi, l’indice de leadership et d’autonomisation des usagers des bibliothèques est supérieur de 31% à celui des populations qui n’ont pas accès à ces services.

Photo d'une jeune fille qui danse

Malgré cet accord de paix toutefois, certains départements colombiens sont toujours le théâtre de conflits armés. C’est le cas notamment du département de Norte Santander, principal bastion de l’Ejército de Liberación Nacional, seconde guérilla du pays. Les familles déplacées par les affrontements se regroupent alors dans certains quartiers de Cúcuta, entraînant une insuffisance chronique des services de l’État, notamment en matière d’accès à l’éducation, la crise migratoire ne faisant qu’aggraver une situation déjà bien précaire. Les enfants sont particulièrement vulnérables : cibles des factions armées pour leur recrutement, augmentation des trafics et de la délinquance.

C’est pourquoi nous avons récemment installé des Ideas Cube – bibliothèques numériques qui apportent Internet dans les zones déconnectées – dans la banlieue de Cúcuta située à la frontière vénézuélienne, pour améliorer l’accès à l’éducation des mineurs en situation de vulnérabilité, avec une attention toute particulière portée aux filles et aux jeunes filles, dont le risque de prostitution est élevé.

En partenariat avec l’association Fundación Creciendo Unidos, nous avons donc sélectionné et partagé des ressources numériques à destination de plusieurs écoles de la ville, comme le collège Rafael Uribe Uribe, abordant la littérature et l’histoire de la Colombie, ainsi que des vidéos et des exercices récréatifs. Yvan Clairet, responsable du pôle Contenus chez Bibliothèques Sans Frontières, représentant légal de l’association en Colombie et ancien chef de mission, se souvient de son séjour à Cúcuta, ponctué de nombreux échanges avec des jeunes de la communauté locale Colombia Uno :

« J’ai été profondément touché par l’énergie des gens et par leur foi en l’avenir. Je ne connais pas les déplacés ou migrants d’Arauca, mais celles et ceux de Cúcuta ont un esprit d’entrepreneuriat très fort – ils ont beaucoup d’attentes et beaucoup d’énergie. Ils n’ont pas été complètement détruits par la crise migratoire. Bien au contraire : ils se tournent vers l’avenir, pleins d’imagination et de créativité ! »

Depuis 12 ans, Bibliothèques Sans Frontières s’efforce de porter la connaissance à celles et ceux qui en sont le plus éloignés, partout dans le monde. Parce que les inégalités d’accès à l’information sont au coeur des plus grandes injustices aujourd’hui, nous travaillons dans 50 pays pour donner à chacun la capacité d’être autonome et de s’épanouir à travers un accès ouvert et libre à l’éducation.

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