Projets - 2 septembre 2022

Porto Rico : après l’ouragan Maria, la force des communautés

Depuis le passage de l’ouragan Maria à Porto Rico en 2017, Libraries Without Borders travaille aux côtés des habitants pour aider à la reconstruction de l’île et recréer du lien au sein des communautés. Après le déploiement d’une Ideas Box en 2018, nos équipes ont réaménagé trois espaces laissés à l’abandon en centres éducatifs connectés pour permettre aux jeunes d’avoir accès à des contenus numériques de qualité. Dans ces lieux sécurisés, ils apprennent à lire, se forment et créent des solutions durables aux problématiques auxquelles ils sont confrontés : agriculture, tourisme, santé mentale, etc.

Rencontre avec Moreno Sánchez Rosas, coordinateur du projet De puente a puente (« D’un pont à l’autre » en français).

En septembre 2017, l’ouragan Maria frappe violemment l’île de Porto Rico, tue près de 3 000 personnes et détruit de nombreuses maisons, hôpitaux et bâtiments publics. Sur ce territoire américain, c’est la plus forte tempête depuis 91 ans : elle décime le réseau électrique et les systèmes d’approvisionnement en eau, déjà bien affaiblis, coupe les routes et isole de nombreux villages. Pendant plusieurs mois, des milliers d’habitants n’ont plus eu accès aux soins ni à l’éducation.

Comment reconstruire et se reconstruire après une catastrophe ? Quel rôle les populations locales peuvent-elles jouer ? Après une mission exploratoire sur l’île des Caraïbes, LWB a déployé une Ideas Box en 2018 dans le quartier de La Perla, à San Juan, la capitale, déjà bien marquée par la violence, le trafic de drogue et la criminalité. Avec l’aide de plusieurs associations et entreprises locales, la bibliothèque donnait alors accès aux habitants à des outils et des ressources numériques. L’Ideas Box est rapidement devenue un espace où les résidents venaient emprunter des appareils électriques pour réparer leurs meubles brisés, assister à des cours sur l’entreprenariat social ou bien être accompagnés dans leurs démarches administratives.

Fort du succès de ce projet, LWB a souhaité poursuivre le travail initié aux côtés des habitants pour redonner confiance et recréer des liens au sein et entre les différentes communautés, affectées par l’ouragan. Avec l’aide du National Science Trust et du US Ignite, le projet De puente a puente est né. Grâce à l’engagement des jeunes et de nombreuses organisations, trois espaces quelque peu laissés à l’abandon ont été réaménagés en centres éducatifs et connectés. Ce sont des lieux de vie ouverts où les membres de la communauté – principalement les jeunes – peuvent se réunir, se former et réfléchir ensemble aux meilleurs moyens de développer des opportunités pour leur île et se projeter dans l’avenir.

« La violence peut être extrêmement présente entre les habitants. Les héritages coloniaux ont laissé place à un racisme intériorisé et systémique qui contribue à la pauvreté et au manque d’éducation. Les jeunes sont en souffrance mais ils sont aussi en état de se guérir. Ils ont simplement besoin d’un espace pour être ensemble, retrouver l’espoir et reprendre confiance en eux. Ces espaces, nous les avons construits avec eux. » Moreno Sánchez Rosas.

Dans ceux-ci, on trouve notamment « des tablettes, des ordinateurs dans lesquels ont été téléchargés des contenus numériques sélectionnés par LWB et une connexion Internet – mais surtout des médiateurs pour accompagner les habitants. »

Le premier centre éducatif se situe à Piñones dans la périphérie de San Juan. Dans ce quartier extrêmement violent, la plupart des écoles ont été fermées pour laisser place à des écoles privées – dû à la corruption. Avec l’aide des jeunes de la communauté et de plusieurs associations, le centre a vu le jour en trois mois dans l’école Emiliano Figueroa. « Les jeunes peuvent maintenant y apprendre à lire et se former aux outils numériques. Ce centre est notre premier pont : nous l’appelons Proyecto Lucha de Piñones« .

Non loin de la commune de Loíza, une autre communauté s’appelle La 23. Renommé Proyecto Vida, le deuxième centre rénové organise de nombreuses activités de jardinage pour encourager les habitants à cultiver leur propre nourriture et devenir de plus en plus autonomes. Enfin, le troisième centre – Proyecto Alegría – se situe dans une église de la rue Colobó, l’une des zones les plus pauvres de Loíza. En plus de servir de la soupe et de la nourriture aux habitants, des cours d’alphabétisation et d’initiation au numérique sont régulièrement organisés pour les plus jeunes.

« Notre démarche n’est pas d’offrir le remède pour apaiser une douleur que nous ne ressentons pas nous-mêmes. Il ne s’agit pas d’imposer ce qui nous semble bon pour eux mais de leur demander ce dont ils ont besoin pour construire ensemble.

Ces différents ponts sont autant de liens et de connexions entre les habitants. Au cœur de ce projet : la technologie, loin de diviser comme beaucoup pourraient le penser. Ici, la technologie est utilisée comme une ressource, une réponse à ses propres problèmes. » Moreno Sánchez Rosas.

Par exemple, de nombreux jeunes font aujourd’hui face à des problèmes de cyberharcèlement. Certains d’entre eux souffrent de sérieux problèmes de santé mentale, menant parfois jusqu’au suicide. Une fois formés et sensibilisés par nos équipes, les jeunes peuvent ainsi former leurs proches en créant eux-mêmes des programmes de prévention grâce aux contenus des centres connectés.

Au total, plus de vingt projets ont déjà vu le jour au sein de ces centres éducatifs, portés par une cinquantaine de jeunes de la communauté : programmes de santé mentale, d’agriculture, de tourisme, et beaucoup d’autres.

« Les habitants y partagent leurs histoires, se forment les uns les autres. Ils prennent des photos, témoignent, créent du contenu, voyagent numériquement dans d’autres villes, dans d’autres parties du monde. Certains sont musiciens, ils nourrissent leur spiritualité dans la mémoire de leurs proches et leurs ancêtres.

Les jeunes ont dû progressivement prendre confiance en leurs talents, tester leurs capacités et se dépasser. Ils ont échoué parfois, réussi souvent. Aujourd’hui, plus personne ne peut les arrêter. Certains m’appellent chaque jour pour me tenir au courant de l’avancée de leurs projets. Ils ont un objectif et doivent avant tout se prouver à eux-mêmes qu’ils le méritent. Il y a vraiment une lueur dans la nuit, un espoir, une étincelle dans les communautés. » Moreno Sánchez Rosas.

Bibliothèques Sans Frontières renforce le pouvoir d’agir des populations vulnérables en leur facilitant l’accès à l’éducation, à la culture et à l’information. En France et dans plus de 30 pays, l’association crée des espaces culturels et éducatifs innovants qui permettent aux personnes touchées par les crises et la précarité de s’instruire, de se divertir, de créer du lien et de construire leur avenir.

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