Projets - 26 août 2026

Bangladesh : huit ans aux côtés des réfugiés rohingyas

Dans le district de Cox’s Bazar, au sud-est du Bangladesh, s’étend le plus grand camp de réfugié·es au monde. Depuis août 2017, près d’un million de Rohingyas y vivent dans des conditions de grande précarité, après avoir fui les persécutions en Birmanie. Avec eux, une langue et une culture essentiellement orales, aujourd’hui menacées de disparaître avec l’exil. 

Pendant huit ans, aux côtés de nombreux partenaires locaux, Bibliothèques Sans Frontières a déployé des bibliothèques physiques et numériques à travers le camp – non seulement pour donner accès à la connaissance, mais aussi pour aider les jeunes générations à recueillir et transmettre la mémoire de leurs aîné·es. BSF y a mené l’une de ses plus longues missions, jusqu’au printemps 2026 – date à laquelle l’organisation a transmis le relais aux médiateur·ices locaux·ales, formé·es pour faire vivre les bibliothèques dans la durée.

Des espaces sécurisants pour continuer d’apprendre

Parmi les publics prioritaires : les jeunes. « Dans le camp de Kutupalong, ils se retrouvent privé·es d’école, d’activités culturelles et d’espaces de socialisation. Or, sans apprentissage ni accès au savoir, il n’y a pas d’avenir possible », explique Julie Pinochet, coordinatrice des programmes « Crises et nouvelles géographies » de BSF.

Dès 2018, nos bibliothèques ont pris place dans plusieurs structures préfabriquées du camp, offrant accès à des milliers de contenus éducatifs et pratiques, en anglais et en rohingya – une langue essentiellement orale, dont la transmission écrite reste rare. Pour la faire vivre, des activités ont notamment permis à des jeunes d’aller recueillir, auprès de leurs aîné·es, contes et histoires transmis oralement de génération en génération. Une manière de documenter la culture rohingya, tout en créant un lien entre les âges. En misant sur des contenus en rohingya, principalement au format audio, BSF permet aussi de sensibiliser les jeunes générations à des sujets comme la santé reproductive ou la prévention des violences basées sur le genre. Un enjeu de taille : environ 58 % des réfugié·es de Cox’s Bazar ont moins de 18 ans (Unicef, 2019).

Parmi les réfugié·es rohingyas, les filles et les femmes restent un public particulièrement vulnérable. « Dans les camps, où la mobilité des femmes est souvent restreinte, l’accès à ces espaces reste un enjeu majeur. Pouvoir apprendre et se rencontrer, même en dehors d’un lieu dédié, constitue déjà une conquête d’autonomie », ajoute Julie Pinochet. Pour aller à leur rencontre, des équipes mobiles animent ainsi des activités directement dans les lieux de socialisation des femmes – comme les puits, où elles se retrouvent pour faire la lessive. 

Depuis huit ans, ces lieux constituent ainsi des refuges précieux dans un quotidien marqué par la promiscuité – environ 10 750 réfugié·es par kilomètre carré à Cox’s Bazar – et la vulnérabilité. Des ateliers y ont été organisés pour sensibiliser aux droits des femmes et des filles, renforcer la confiance en soi et développer des compétences de communication. Des ateliers de photographie et d’expression créative ont par ailleurs contribué à réduire les tensions et à renforcer la cohésion sociale.

L’innovation pédagogique au service des communautés

Dans ces espaces, on apprend les mathématiques, les sciences, l’anglais ou le rohingya – mais aussi les bases de l’informatique, parfois découverte pour la première fois par des jeunes du camp. Une manière, pour les équipes sur le terrain, de recréer un peu de normalité et d’ouvrir des perspectives d’avenir aux côtés des réfugié·es.

Nos animateur·ices y organisent aussi des ateliers selon une approche de conception centrée sur l’humain (Human Centred Design), à dimension intergénérationnelle : des groupes de personnes âgées transmettent leur savoir-faire à des jeunes, qui conçoivent à leur tour des projets pour leur communauté : ateliers éducatifs, activités culturelles, solutions pratiques au quotidien. Cette dynamique resserre les liens entre générations et favorise une appropriation durable des outils.

Au printemps 2026, BSF a quitté le camp, mais les bibliothèques, elles, continuent de vivre : le matériel, les contenus et les savoir-faire transmis restent aujourd’hui entre les mains des médiateur·ices locaux·ales de Cox’s Bazar. Dans un contexte où l’avenir de la communauté rohingya demeure incertain, l’accès à la connaissance reste plus qu’un besoin : un droit fondamental, et un outil de résilience vers un futur encore possible. 

Depuis 2007, Bibliothèques Sans Frontières facilite l’accès de toutes et tous à la connaissance.

Dans une vingtaine de pays dont la France, nous faisons de la culture, de l’éducation et de l’information des vecteurs de résistance, de résilience et d’émancipation.

À LIRE AUSSI

Confinement : nos actions à l’international !

Projets - 21 avril 2020
Photo d'Anna auprès des réfugiés rohingya

« Les réfugiés rohingya ont une immense envie d’apprendre »

Projets - 6 septembre 2018