Photo d'un jeune homme sur une tablette
Accueil & intégration - 7 juin 2019

Nazar, réfugié soudanais à Paris : « j’ai commencé à vivre sans rêver »

Quand nous l’avions rencontré il y a deux ans, Nazar venait d’obtenir son titre de séjour en France pour une durée de dix ans. Après avoir fui les conflits au Soudan, il séjournait alors dans le centre d’hébergement d’urgence d’Ivry-sur-Seine, géré par l’association Aurore, où est installée depuis trois ans une Ideas Box, animée régulièrement par notre équipe.

Cet après-midi-là, le jeune soudanais de 27 ans cherchait sur une tablette le club de football le plus proche du centre-ville, pour s’inscrire et jouer en équipe dès la rentrée de septembre. Il nous racontait avoir quitté le Darfour en 2014 et vouloir apprendre le français pour pouvoir étudier. Deux ans plus tard, Nazar nous raconte son quotidien en France et comment l’Ideas Box a favorisé son intégration.

« J’ai commencé à vivre sans rêver. Ni d’une vraie vie, ni d’un éventuel futur. Je pensais seulement à travailler et à dormir. »

Au Soudan, Nazar étudiait pour être ingénieur. Originaire de la ville de Darfour, il fréquentait l’université de Khartoum, jusqu’en 2010 où il dut arrêter ses études. En cause notamment, la situation du pays et la violence entre les milices soutenues par le gouvernement et les mouvements rebelles. En 2014, pris au piège par le nombre de manifestations augmentant, il s’enfuit en Libye. Avant de prendre un bateau pour l’Italie.

« Je ne connaissais personne, je n’avais que mes empreintes digitales. Je ne savais pas comment partir et je n’avais pas d’argent. Finalement, j’ai rencontré des gens qui voulaient rejoindre la France ; je suis donc parti avec eux. »

Nazar s’est d’abord retrouvé quelque temps dans la jungle de Calais, avant de rejoindre la capitale où il trouva rapidement une chambre dans le centre d’hébergement d’urgence Pierre Semard à Ivry-Sur-Seine, hébergeant 250 migrants, réfugiés et demandeurs d’asile principalement afghans, soudanais et érythréens.

« Je ne parlais absolument pas le français. Au début, c’était très difficile, même les tâches quotidiennes. Très vite, j’ai commencé à suivre des cours de français pour pouvoir ensuite étudier le même sujet qu’à l’université au Soudan : l’ingénierie. Mais c’était bien trop compliqué dans une autre langue. »

Photo de Nazar au centre d'hebergement d'urgence d'Ivry

Au premier étage du centre d’hébergement : une Ideas Box, médiathèque mobile que notre équipe animait alors chaque jour – avec l’aide des services civiques d’Unis-Cité de l’association Aurore – pour favoriser l’intégration des jeunes exilés. Parmi les activités : cours de français, ateliers sur les droits des femmes, création d’un jeu d’échecs en pâte Fimo, carte collaborative de Paris, sérigraphie et jeux de société. Plusieurs dizaines d’entre eux se retrouvaient chaque jour pour échanger, jouer, renforcer leurs connaissances en matière d’accès aux droits, au logement et à la santé, naviguer sur les ordinateurs, lire ou simplement se reposer. Déterminé à apprendre la langue française, Nazar devint très vite l’un des usagers les plus assidus de la bibliothèque.

« Beaucoup de livres m’ont aidé à en apprendre davantage sur la culture française et mon nouvel environnement. Je venais tous les jours pour jouer aux cartes, discuter et participer aux activités proposées. Parfois, j’en animais certaines avec les autres médiateurs. J’essayais de me rendre utile sur la traduction. Et surtout, grâce à l’Ideas Box, j’ai rencontré de nouveaux amis. »

Des amis, Nazar s’en fait désormais dans le club de football la Camillienne, dans le 12ème arrondissement de Paris, où il est inscrit depuis septembre dernier, lui rappelant le Soudan où il jouait à un très haut niveau dans la ligue soudanaise. Il vit maintenant à Drancy, en Seine-Saint-Denis, et continue de suivre des cours de français chaque semaine.

« Jouer au foot me permet d’avoir une vraie vie, autre que celle d’un réfugié. M’impliquer autant dans cette nouvelle équipe a un impact très important sur moi. C’est non seulement un moyen de rencontrer des gens du monde entier – Japon, Chine, Brésil, France – et de pratiquer mon français, mais cela m’apprend aussi à avoir un vrai sens de la communauté. »

Membre précieux de l’équipe, Nazar entraîne également depuis peu des enfants et participe à plusieurs activités sportives avec l’association Kabubu.

« Aujourd’hui, tout va bien : je joue au football, je vais à l’école pour devenir traducteur en arabe, français et anglais, et rechercherai bientôt un travail comme tout le monde. C’est bon, je suis heureux. Même si j’espère un jour retourner au Soudan pour revoir ma famille, je souhaite toutefois faire ma vie en France, non pas en tant que réfugié, mais comme footballeur et citoyen français. »

Depuis 2007, Bibliothèques Sans Frontières agit sans relâche pour favoriser l’accès à l’information et à l’éducation auprès de celles et ceux qui en sont privés – des camps de réfugiés au Bangladesh aux territoires ruraux en France – et faire du droit à la culture un droit fondamental de l’être humain. En treize ans, l’association a touché plus de six millions de personnes dans cinquante pays.

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