Projets - 24 novembre 2021

« Au Liban, les Ideas Box sont des espaces sécurisés pour les habitants »

Au Liban, Bibliothèques Sans Frontières et l’ONG locale Amel ont déployé au printemps trois Ideas Box à Haret-Hreik, au sud de Beyrouth, ainsi qu’à Kamid el-Loz et Khiam. Avec le soutien de l’Agence française de développement, les médiathèques en kit permettent de renforcer l’accès à l’éducation, l’autonomie et la cohésion sociale des populations hôtes et réfugiées, dans un contexte de crise sanitaire, économique et politique sans précédent.

Rencontre avec Agustin Galli, coordinateur des programmes de BSF au Moyen-Orient, et Aya G. Khoury, coordinatrice du projet Ideas Box au sein d’Amel.

Au Liban, plus de 1,2 million d’enfants ont été déscolarisés à cause de la crise sanitaire, selon l’ONG Save the Children. Privés d’école pendant plus d’un an, nombre d’entre eux n’y sont jamais retournés en raison du retard accumulé ou des difficultés économiques de leurs parents. Quant aux enfants libanais encore scolarisés, ils ont bénéficié d’un maximum de onze semaines d’enseignement sur l’année académique 2020-2021. Le taux d’échec scolaire et les risques de décrochage constituent une réelle menace pour leur avenir.

Au manque d’accès à l’éducation dû à la pandémie s’ajoute également une crise économique profonde qui creuse toujours plus les inégalités entre les habitants. Depuis l’explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, qui a fait plus de 200 morts et ravagé des quartiers entiers, le pays ne s’est toujours pas relevé. En un an, la monnaie libanaise a vu sa valeur divisée par dix.

“En raison des pénuries de carburant, de nombreuses stations essence n’ont pas ouvert pendant plusieurs mois. Devant celles ouvertes, les files d’attente étaient interminables : il fallait parfois attendre jusqu’à cinq heures pour faire le plein. Quant à l’électricité, les gens en ont environ deux à trois heures par jour. Vous pouvez imaginer où est reléguée l’éducation… les besoins sont immenses !” Agustin Galli.

“La situation rend de plus en plus difficile l’accès à l’éducation de toutes les strates de la population. Avec la hausse du prix du carburant de 70% cet été, beaucoup de parents ne peuvent plus payer les déplacements scolaires de leurs enfants car le prix du trajet pour aller à l’école est devenu supérieur au prix de la scolarité. C’est l’un des facteurs majeurs qui explique la déscolarisation.” Aya G. Khoury.

Face à cette situation, BSF et Amel ont mis en œuvre un vaste projet pour renforcer la qualité et l’accès à l’éducation des jeunes libanais et contribuer à leur bien-être psychosocial. Pour ce faire, nous avons déployé trois Ideas Box dans trois centres gérés par Amel pour diversifier et renforcer la qualité et l’impact des activités éducatives menées par l’ONG à Kamid el-Loz, à Khiam et à Haret-Hreik au sud de Beyrouth.

Formés par les équipes de BSF à l’utilisation des Ideas Box, 65 professeurs, médiateurs, travailleurs sociaux et psychologues d’Amel s’appuient sur les contenus des bibliothèques en kit pour proposer aux jeunes et aux étudiants des ateliers éducatifs et des cours de rattrapage scolaire, en lien avec les programmes libanais. Les habitants alentour peuvent également s’y retrouver pour participer à des activités créatives ou des ateliers pour rechercher un emploi.

“Les Ideas Box nous ont permis de développer, de diversifier et d’enrichir nos actions quotidiennes. Ce sont des espaces sécurisés pour les habitants. Leurs contenus ont été sélectionnés sur-mesure par les équipes d’Amel et BSF pour correspondre au mieux aux besoins des publics des centres. On y trouve des livres physiques et numériques – principalement en arabe et en anglais -, des jeux de société, de nombreux contenus pour apprendre les langues, les mathématiques ou les sciences.

Trois bibliothèques numériques Ideas Cube sont également déployées sur le terrain. Les usagers peuvent y trouver notamment des informations et des conseils pour accéder au marché du travail, apprendre la cuisine, la coiffure ou la charpenterie. Plusieurs vidéos nous permettent aussi d’organiser des ateliers de sensibilisation sur le droit des femmes, le mariage précoce ou la prévention santé.” Aya G. Khoury.

La crise politique, économique et sanitaire qui impacte durement les Libanais provoque également de lourdes conséquences sur la vie des réfugiés, principalement syriens et palestiniens, déjà extrêmement vulnérables.

“Le Liban ne reconnaît pas l’existence de camps officiels de réfugiés. Le plus souvent, ils vivent sur des campements informels plus ou moins organisés, sur des terrains agricoles sur lesquels certains d’entre eux travaillent pour gagner un peu d’argent. Leurs conditions de vie sont extrêmement précaires, la plupart dorment dans des tentes. Face à cette situation, nous mettons en place des transports qui amènent les réfugiés directement dans les centres d’AMEL pour qu’ils puissent profiter des Ideas Box. Des cours d’alphabétisation et des ateliers créatifs sont organisés pour tous les âges.” Agustin Galli.

“En décembre, nous proposerons à des réfugiées syriennes plusieurs ateliers numériques pour promouvoir leurs broderies et leurs créations. Sur les ordinateurs de l’Ideas Box, nous leur apprendrons à créer une page sur les réseaux sociaux pour mettre en avant leurs produits et les vendre.” Aya G. Khoury.

Alors que les tensions avec leurs voisins libanais sont accentuées par la crise, les médiateurs d’Amel organisent parfois des événements communs pour apaiser les conflits. Libanais et réfugiés se retrouvent alors dans les Ideas Box autour d’une activité commune.

“Les activités de l’Ideas Box favorisent la cohésion sociale entre les différentes communautés. À Kamid el-Loz, nos équipes ont par exemple mis en place une activité culinaire autour d’un plat typique partagé par les trois communautés – syrienne, palestinienne et libanaise : le Man’oushe Za’atar, une galette de thym qui se prépare différemment selon les pays ! Ce soir-là, chacun l’a cuisinée à sa manière et partagé sa recette avec les autres participants de l’atelier.” Aya G. Khoury.

Au cours des deux prochaines années, les médiateurs d’Amel souhaitent faire bénéficier de ces actions à plus de 5 000 enfants, jeunes et adultes libanais et réfugiés. En plus de ce projet, la situation actuelle au Liban nous invite sans cesse à la recherche de nouveaux financements et de nouvelles formes d’intervention pour faire de l’accès à l’éducation et à l’information un besoin essentiel pour permettre l’intégration, l’autonomie et l’émancipation des populations.

BSF est une ONG qui renforce le pouvoir d’agir des populations vulnérables en leur facilitant l’accès à l’éducation, à la culture et à l’information. Dans plus de 50 pays, nous créons des espaces culturels et éducatifs innovants qui permettent aux personnes touchées par les crises et la précarité de s’instruire, de se divertir, de créer du lien et de construire leur avenir.

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