Projets - 24 novembre 2017

Une Ideas Box pour les enfants des rues à Ziguinchor

Depuis deux ans, Futur Au Présent et Bibliothèques Sans Frontières travaillent ensemble pour l’insertion et l’accès à l’éducation des enfants et adolescent.e.s des rues, ou en situation de travail précoce, à Ziguinchor. Rencontre avec Seyni Diedhiou, qui travaille chez FAP depuis 2012. Auparavant éducateur spécialisé au Centre d’hébergement d’urgence, il s’occupait de l’accompagnement psychosocial des enfants : médiation familiale, retour en famille, etc. Depuis presque un an, celui-ci coordonne les programmes sociaux à Ziguinchor.

LES DIFFICULTÉS DE CETTE BELLE RÉGION DE LA CASAMANCE

La Casamance, région au Sud du Sénégal, est l’une des zones les plus pauvres du pays ; l’enclavement géographique et le déficit d’infrastructures retardant son développement. Associée à l’instabilité du territoire, l’extrême pauvreté de la population entraîne alors la déscolarisation massive des enfants, l’analphabétisme et un fort exode rural vers la principale ville de la région : Ziguinchor.

Dans cette ville d’environ 200 000 habitant.e.s, les enfants se retrouvent bien souvent en première ligne face à l’isolement et à la pauvreté des familles. Confronté.e.s à l’impossibilité de faire face aux besoins quotidiens, ou lorsque des conflits éclatent à l’intérieur des familles, ces derniers.ères quittent alors le domicile familial et se retrouvent dans la rue. Encouragée par les pratiques religieuses liées à l’aumône, la mendicité des enfants est alors très courante : des centaines d’entre eux.elles, souvent enrôlé.e.s dans les daras (écoles coraniques), sont envoyé.e.s la journée dans la rue pour rapporter de l’argent à leur marabout.

« Certaines petites filles, appelées “les petites vendeuses”, travaillent très tôt et vendent des mangues, des cacahuètes et toutes sortes de fruits dans la rue. Elles s’exposent alors à beaucoup de dangers comme la maltraitance ou les viols. C’est un gros phénomène à Ziguinchor ! »

Souvent, cette pauvreté éloigne ces enfants de l’école et les poussent aussi vers le travail précoce. D’après le gouvernement sénégalais, 35% des enfants de moins de 15 ans travaillent. Bien que le travail domestique touche les deux sexes, les jeunes travailleuses sont les plus vulnérables : 13,8 % d’entre elles contre seulement 1,8 % parmi les garçons effectuent plus de 28 heures de travail par semaine. Comme employées de maison par exemple. Les « petites bonnes » constituent la face la moins connue du travail des enfants, car la moins visible. Laissant le champ libre à de nombreux abus.

FUTUR AU PRÉSENT : UN PARTENAIRE POUR L’ACCÈS A L’EDUCATION DES ENFANTS DES RUES

Association de solidarité internationale créée en 2012, FAP œuvre à Ziguinchor pour la réduction des inégalités et de la pauvreté, particulièrement auprès des enfants des rues. La plupart d’entre eux.elles présentant des troubles psycho-sociaux, FAP œuvre au quotidien pour leur assurer un avenir stable et serein.

« Nous travaillons sur la protection de l’enfance et la prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité. Ces enfants vivent dans la rue, sont non scolarisé.e.s, en situation de travail précoce, victimes de viol, d’inceste ou de maltraitance. Notre premier programme est l’accueil, la prise en charge, l’accompagnement psychosocial et le rétablissement de lien avec la famille des enfants au Centre d’Accueil et d’Hébergement d’Urgence. Notre deuxième programme est la lutte contre le travail précoce des enfants, en particulier les ‘petites vendeuses’. Nous les accueillons dans La Maison de l’Education, pour les retirer de leur situation désastreuse. En dehors des horaires d’école, elles peuvent venir à La Maison de l’Éducation où une équipe les accueille en permanence autour d’ateliers de sports, de danse ou d’informatique. Notre troisième programme concerne la prise en charge médicale des enfants malades, dont les parents ne peuvent pas prendre en charge les soins. Un travailleur social et un infirmier de l’association travaillent quotidiennement auprès des familles afin de les accompagner et de les orienter dans leur parcours de soins. Enfin, notre quatrième programme est la préparation de la sortie des jeunes mineur.e.s incarcéré.e.s. Nous les aidons à formuler un projet de réinsertion. Une fois le.la mineur.e libéré.e, nous appuyons les différentes démarches : inscription à l’école, insertion dans un atelier professionnel, etc. »

Face à ces besoins, Bibliothèques Sans Frontières et  FAP ont décidé de travailler ensemble à la réalisation d’un projet Ideas Box. Démarré en janvier 2016, ce projet a pour objectif l’insertion et l’accès à l’éducation des enfants et adolescent.e.s des rues ou en situation de travail précoce. Après avoir sélectionné les contenus de l’Ideas Box – dont l’accent a été mis sur l’initiation au français, les métiers locaux, les figures emblématiques de l’Histoire, le sport et la musique du Sénégal -, BSF a formé et accompagné l’équipe d’enseignants et d’éducateurs-spécialisés de FAP. Notons que les contenus ont été sélectionnés  dans différentes langues : français, wolof, mandeng, diola et peul.

« En plus de l’ensemble du matériel – livres, etc. – et de l’Ideas Box, FAP a profité de la formation, de l’accompagnement et du suivi de BSF ! Cet accompagnement dans la durée a permis de renforcer les compétences de nos équipes dans l’utilisation de l’Ideas Box. Cela a particulièrement permis aux enseignants et aux moniteurs d’améliorer leurs compétences digitales et numériques. En effet, ils n’avaient pas les bases et cela a donc été très utile. La médiation culturelle fut aussi un apport très important pour accompagner au mieux les enfants. »

En 18 mois, FAP a mené près de 700 activités au sein de l’Ideas Box, installée au sein de la Maison de l’Education : ateliers d’écriture, de théâtre, de lecture, de rap, de danse, mais aussi les exercices ludiques en mathématiques, conjugaison, et les dictées sur tablettes numériques. Aussi, la pratique des jeux de société a favorisé l’esprit d’équipe et appris aux enfants à respecter des règles. Ceux.celles-ci ont également créé des films courts avec les appareils photos et la mise en place d’ateliers peinture ou de dessin. Enfin, FAP propose régulièrement des projections de films pédagogiques ou documentaires – qui portent notamment sur l’hygiène, le droit des enfants et le vivre-ensemble -, donnant lieu à des causeries ou des débats.

« L’ensemble des outils et des contenus de l’Ideas Box ont permis de renforcer nettement le niveau scolaire des enfants. En cela, l’identification préalable des applications adaptées au système scolaire sénégalais fut excellente et les modules bibliothèque et numérique sont essentiels. Grâce à l’Ideas Box et à l’animation, les enfants travaillent leurs exercices en dehors des horaires d’école et beaucoup réussissent à obtenir de bons résultats scolaires, jusqu’à atteindre la tête de classe pour certain.e.s. L’Ideas Box nous a aussi permis de sortir de la Maison de l’Education, pour aller vers les enfants les plus exclu.e.s et les plus isolé.e.s. Certain.e.s d’entre eux.elles vivaient sans électricité, sans internet, n’avaient jamais été à l’école et n’avaient jamais touché de tablettes. »

Entre novembre 2016 et juillet 2017, l’Ideas Box a aussi été déployée dans deux écoles situées aux alentours de Ziguinchor : l’école Matam Diémè et l’école Diaby. FAP a ainsi accompagné les enseignants dans la mise en œuvre des activités Ideas box dans des classes scindées en deux, d’environ 70 élèves.

« D’après moi, l’une des plus belles réussites pour les enfants est le déploiement de l’Ideas Box dans les écoles publiques. Il suffit de voir l’engouement des enfants qu’on nous arrivons avec l’Ideas Box ! C’est trop fort ! »

Des histoires, Seyni Diedhiou peut en raconter des dizaines. Parmi elles, celle d’Anne-Marie Sambou, ancienne ‘petite vendeuse’ à Ziguinchor.

« Quand elle est arrivée à la Maison de l’Education, Anne-Marie ne savait ni lire, ni écrire. L’équipe de FAP l’a accompagnée dans sa découverte de la lecture et de l’écriture grâce aux livres et aux outils numériques de l’Ideas Box. Même si ce n’était pas évident au début, maintenant Anne-Marie est une fille autonome et a de très bons résultats à l’école. Elle est même devenue leader à la Maison de l’Education. Cela fait maintenant quatre ans que FAP l’accompagne, elle est aujourd’hui en classe de 4ème au collège. »

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