Photo de Kaila, traductrice bénévole
Médias - 27 juin 2018

Kaila : ‘La bibliothèque est un lieu de pouvoir où chacun doit se sentir chez soi’

Kaila Allison est une jeune écrivaine, éducatrice et traductrice bénévole. Depuis janvier, à Bibliothèques Sans Frontières, elle apporte son aide, son énergie et son enthousiasme. New Yorkaise francophile et passionnée de livres, elle croit au pouvoir de l’éducation et s’emploie tous les jours à la faire rayonner.

« Venant d’une famille d’enseignants dont les ancêtres ont émigré de la Russie et d’Europe de l’Est, j’ai toujours eu une inclination naturelle pour la découverte d’autres cultures, surtout à travers la littérature et l’art. J’ai commencé par observer le monde autour de moi à travers mon journal. Toutes ces années passées à écrire celui-ci m’ont amenée à poursuivre ma passion pour l’écriture : j’ai publié des récits, de la poésie et des essais après mon Bachelor en Écriture créative et psychologie de l’adolescent à l’université de New York.

J’adorais tout ce que je pouvais être lorsque j’écrivais, les différents rôles que je pouvais revêtir, les intrigues compliquées que j’inventais, j’adorais jouer avec les mots et les phrases comme s’ils étaient une palette de couleurs. J’ai travaillé dans l’édition pendant plusieurs années, mais je savais que je voulais collaborer avec d’autres secteurs, et j’ai changé de voie professionnelle pour m’orienter vers l’éducation. C’était dans mes gènes, après tout. »

Adolescente, elle découvre et se passionne pour la littérature et la culture françaises. Quelques années plus tard, elle concrétise cet intérêt, son éducation, l’amour de la lecture et du partage.

« Ma passion pour la France a commencé tôt. Après avoir vu en 2004 l’adaptation au cinéma du Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux, j’ai fait une fixation sur la culture française du 19ème siècle. J’ai étudié le français à l’école et au-delà, dévorant la littérature française et l’art, essayant de m’immerger dans une culture qui est très vite devenue la mienne. J’ai visité la France pour la première fois avec ma famille lorsque j’étais adolescente, puis je suis revenue un été alors que j’étais à l’université, et récemment je me suis installée pour enseigner l’anglais dans des écoles primaires en région parisienne. J’ai notamment organisé des ateliers en petit groupes et enseigné l’anglais à travers des chansons et des activités, leur apprenant le vocabulaire, la prononciation, leur faisant vivre la culture. »

« J’adorais tout ce que je pouvais être lorsque j’écrivais,
les différents rôles que je pouvais revêtir »

Bibliothèques Sans Frontières, elle l’a connue alors qu’elle était journaliste à New York. Rédactrice étroitement liée à la France dans une publication culturelle, elle est à la recherche d’une ONG française à couvrir et repère la branche américaine Libraries Without Borders. Elle contacte alors Katherine Trujillo, responsable de la communication aux Etats-Unis.

« J’ai découvert toutes les choses merveilleuses qu’elle et son équipe internationale faisaient avec l’Ideas Box, cette bibliothèque mobile conçue pour les populations les plus défavorisées et les régions sans ressources éducatives. Leur cause me toucha profondément, et je devais faire part des projets de cette merveilleuse association au public américain. »

Arrivée en France, elle s’y engage rapidement, en traduisant des articles et des contenus en anglais.

« J’ai toujours travaillé et fait du bénévolat dans des institutions liées à l’éducation, dans des écoles et des musées, recherchant des environnements intellectuellement stimulants et inclusifs. C’est pourquoi j’ai voulu devenir bénévole pour Bibliothèques Sans Frontières lorsque je suis arrivée en France, parce que mon éducation est quelque chose dont je serais toujours reconnaissante. Je voulais témoigner de cette gratitude en aidant une association qui offre des ressources pédagogiques à ceux qui ne peuvent que rêver d’une telle liberté.

J’adore traduire. C’est un puzzle intéressant qui permet d’utiliser la culture et l’idiomaticité d’une langue pour rendre le message précis et effectif. Avant d’apprendre le français, j’étais reconnaissante envers les nombreuses traductions anglaises de la littérature française qui m’ont aidée à tomber amoureuse de la France. Comme Bibliothèques Sans Frontières continue de grandir, il est vital que le plus de personnes possible soit touché, et je suis reconnaissante d’aider à cela. »

Les bibliothèques sont pour elle des refuges joyeux, des souvenirs émerveillés, des espaces pleins de ressources à promouvoir.

« Enfant, j’étais dingue des livres, je passais souvent des après-midis entiers à la bibliothèque municipale ou à fouiller dans les foires aux livres de la bibliothèque de mon école. La bibliothèque n’était pas seulement un lieu calme pour lire mais elle accueillait aussi des ateliers, organisait des activités et des lectures qui transformaient l’espace en un sanctuaire social. Au lycée, je passais toutes les pauses déjeuner à regarder des livres, sur la mode au Moyen-Âge, les créatures marines, la psychologie. A l’université, je passais plus de temps à la bibliothèque que dans ma résidence, je me levais à 5 heures pour être la première à y entrer et m’asseoir à la fenêtre donnant sur le Washington Square Park dans un état de bien-être et de joie incommensurable. »

« Je veux voir un futur où les bibliothèques connecteraient les populations d’un bout à l’autre du monde »

Et l’expérience de bibliothèque s’étend et s’inscrit ailleurs, à l’étranger, hors les murs, dans le quotidien.

« Je me sentais à l’étroit à New York, j’avais besoin de vivre la culture que j’étudiais depuis si longtemps, j’ai décidé de déménager en France. Je ne voulais pas être l’expatriée américaine niaise, mais comprendre les questions politiques complexes de ce pays, de l’éducation à l’immigration. Mes découvertes préférées sont les bibliothèques, surtout la BNF et la bibliothèque Sainte-Geneviève. Bien sûr, les expositions fascinantes, les lectures, la gastronomie. Mais ce que j’ai apprécié par-dessus tout, c’est le quotidien – discuter dans le train avec un archiviste au château de Chamarande, philosopher avec un boucher au Carrefour, regarder en douce Jamel Debbouze assis au bord de la Seine. L’Histoire de France est inscrite en chaque citoyen. En Amérique, il est beaucoup plus difficile de savoir d’où l’on vient, qui on est.

Lorsque je ne travaille pas, je me pose dans un café pour écrire ou lire, je visite une exposition, je vais voir un film, ou je flâne simplement. Tout cela culmine vers un projet d’écriture. Je sais que je ne cesse jamais d’apprendre, et maintenant que je suis retournée à New York, je lis le plus possible, comblant les vides pour être informée au mieux lorsque je reviendrai en France. »

Une histoire qui continue de s’écrire…

« Je conçois ma relation avec Bibliothèques Sans Frontières comme une relation à vie. J’ai envie de traduire encore, de rendre l’information accessible aux nouvelles générations partout dans le monde. A l’automne prochain, je commencerai un master en sciences de l’information et des bibliothèques et prévois de retourner dans les écoles pour promouvoir les incroyables ressources dont on dispose aujourd’hui. Pour quelqu’un qui aime l’histoire, je crains bien sûr toujours que la technologie n’avance trop vite. Pendant longtemps, j’ai rejeté la technologie, jusqu’à ce que je comprenne que je devais me cultiver pour de bon.

J’ai envie de voir un monde où chaque personne saurait lire et écrire, où toute l’information et l’histoire seraient habilement préservées et éveilleraient même la curiosité des plus jeunes. Je veux voir un futur où les bibliothèques seraient des hubs accueillants pour tous, des sanctuaires internationaux parlant un langage universel, qui connecteraient les populations d’un bout à l’autre du monde. L’éducation est un pouvoir, et la bibliothèque un lieu de pouvoir où chacun doit se sentir chez soi. »

Propos recueillis par Adina Toma, bénévole à Paris

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